Les quartiers de Kyoto que les touristes ne voient jamais

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Il y a une Kyoto que tout le monde connaît. Les torii vermillon de Fushimi Inari en photo de couverture de guide. La rue pavée de Ninenzaka avec ses boutiques de matcha. Le Kinkaku-ji reflété dans son étang. Gion le soir, avec ses lanternes et l’espoir discret de croiser une maiko.

Ce sont de beaux endroits. Certains méritent absolument d’être vus. Mais ils ne représentent pas Kyoto, ils représentent la version de Kyoto que l’industrie touristique a décidé de montrer.

 Je vis ici depuis plus de quatre ans. La Kyoto que je connais est différente. Elle est plus calme, plus ordinaire par endroits, plus étrange par d’autres. Et elle est presque entièrement ignorée des circuits classiques.
Voici quelques-uns de ces quartiers.

Nishijin : le quartier qui a habillé les empereurs

La plupart des visiteurs passent près de Nishijin sans le savoir, c’est un quartier résidentiel dense au nord-ouest du centre, sans grand monument visible depuis la rue. Pourtant, c’est l’un des endroits les plus importants de l’histoire artisanale du Japon.

Depuis le XVe siècle, Nishijin est le cœur de la production du Nishijin-ori, les tissus de soie brodés qui composent les kimonos de cérémonie, les costumes de théâtre nô, les ornements des temples. À l’époque de Meiji, le quartier comptait des dizaines de milliers de métiers à tisser ; on dit que le bruit de la navette rythmait les matinées de tout le quartier.

Aujourd’hui, les ateliers sont moins nombreux, mais Nishijin est encore vivant. Ses ruelles restent pleines de machiya, les maisons de ville en bois à deux étages caractéristiques de Kyoto, certaines encore habitées par des artisans. On croise des fils de soie tendus devant des portes entrouvertes, des enseignes de teinturiers, des magasins d’accessoires de kimono que personne en dehors du quartier ne fréquente.

Le Nishijin Textile Center propose des démonstrations de tissage et des défilés de kimono, utile si vous voulez comprendre le savoir-faire, mais l’essentiel est dans la déambulation dans les rues autour. Prenez le temps de marcher de Horikawa vers l’ouest, entre Imadegawa et Kitaoji. Ce n’est pas spectaculaire. C’est juste la vraie ville.

Kamishichiken : le hanamachi oublié

Tout le monde connaît Gion. Beaucoup moins de gens connaissent Kamishichiken, le plus ancien des cinq hanamachi (quartiers de geiko) de Kyoto, niché au pied de Kitano Tenman-gu.

L’histoire dit que Kamishichiken est né au XVe siècle quand des charpentiers qui reconstruisaient le sanctuaire utilisèrent les bois restants pour bâtir sept maisons de thé. Le quartier n’a pas beaucoup changé depuis. Ses ruelles ont une échelle différente de Gion — plus intimiste, moins photographiée, sans les boutiques de souvenirs qui ont transformé Hanamikoji en rue commerçante déguisée.

Le soir, quand les ochaya (maisons de thé) s’illuminent, l’atmosphère est celle que les gens cherchent à Gion sans toujours la trouver. En février, lors du Baikasai de Kitano Tenman-gu, les geiko et maiko de Kamishichiken servent le thé sous les pruniers en fleurs, c’est l’un des rares moments où vous pouvez les croiser dans un cadre ouvert au public.

Kamishichiken n’est pas touristique parce que personne ne l’a décidé comme tel. Allez-y un soir de semaine.

Muromachi : une rue, six siècles de commerce

Le nom « Muromachi » désigne à la fois une période historique (le Japon des shoguns Ashikaga, XIVe-XVIe siècle) et une rue du centre de Kyoto. Ce n’est pas un hasard : c’est dans ce quartier que les shoguns installèrent leur palais et que se développa une grande partie du commerce de luxe de la capitale médiévale.

Aujourd’hui, Muromachi est la rue des grossistes en textile et en kimono. Ce n’est pas une rue touristique, c’est une rue de travail, fréquentée par des acheteurs professionnels, des gestionnaires de boutiques, des artisans qui viennent s’approvisionner. Les façades sont sobres, les enseignes discrètes.

Ce qui rend cette rue intéressante pour un visiteur curieux : la continuité. Vous marchez sur un axe commercial qui fonctionne, sous des formes différentes, depuis six siècles. Les machiya qui abritent aujourd’hui des négoces de tissu servaient autrefois les mêmes fonctions pour d’autres marchandises. L’architecture commerciale traditionnelle de Kyoto, les grilles de bois en façade, les cours intérieures, les enseignes calligraphiées, est mieux préservée ici que dans n’importe quel « quartier historique » mis en scène pour les touristes.

Combinez avec une visite du Musée du Manga de Kyoto, à deux pas, beaucoup plus intéressant qu’il n’y paraît, et souvent vide en semaine.

Fushimi : au-delà des torii

Fushimi est le grand malentendu de Kyoto. Pour la plupart des visiteurs, Fushimi = Fushimi Inari, les torii, les selfies. Ils arrivent, grimpent un peu, redescendent, repartent. Ils n’ont pas vu Fushimi.

Le vrai Fushimi est un quartier au sud de Kyoto, historiquement lié au commerce du saké. La région possède des sources d’eau particulièrement pures, fushimi-no-mizu , qui ont fait la réputation de ses brasseurs depuis l’époque Edo. Aujourd’hui encore, Fushimi produit environ 15% du saké japonais, et plusieurs des plus grandes maisons (Gekkeikan, Kizakura, Tsuki no Katsura) y ont leur siège et leur brasserie.

La rue principale du quartier de saké, Sakagura-dori, longe un canal bordé de saules. En dehors des week-ends de printemps et d’automne, elle est presque déserte. Les entrepôts en bois noirci des brasseries, les bateaux plats amarrés le long du canal, les panneaux de saké aux couleurs passées donnent à ce coin de Kyoto une atmosphère qui ressemble plus à la province japonaise qu’à une capitale touristique.

Le musée Gekkeikan Okura est petit, honnête et instructif , il se visite en 30 minutes et coûte 300 ¥, entrée comprenant un verre de saké.

Kitano : la colline au nord de tout

Les visiteurs qui vont à Kinkaku-ji passent à dix minutes de Kitano sans jamais y aller. Tant mieux, ça reste calme.
Kitano, c’est d’abord Kitano Tenman-gu, le sanctuaire-mère de tous les Tenmangu du Japon, dédié à Sugawara no Michizane, le savant du IXe siècle devenu dieu de l’éducation après sa mort en exil. Le sanctuaire lui-même est impressionnant, plus grand, plus complexe, plus chargé d’histoire que la plupart des sites classiques du circuit touristique. Et il est presque toujours fréquentable sans foule.

Mais ce qui rend Kitano vraiment intéressant, c’est ce qui l’entoure. Le marché mensuel Tenjin-san se tient dans l’enceinte du sanctuaire le 25 de chaque mois, antiquités, textiles anciens, céramique, plantes, nourriture de rue. C’est un vrai marché local, pas une foire artisanale pour touristes. Le 21 du mois, même principe au Toji, dans le sud de la ville.

Au nord de Kitano, les rues deviennent résidentielles, tranquilles, bordées de machiya à deux étages. La colline derrière le sanctuaire offre des vues sur la ville que presque personne ne connaît. Ce n’est pas une randonnée, c’est une promenade de vingt minutes qui donne l’impression d’être sorti de Kyoto sans en être sorti.

Une note sur la façon d'explorer ces quartiers

Ces endroits n’ont pas de parcours balisés, pas de panneaux d’explication en français, pas d’entrées payantes avec audioguides. C’est pour ça qu’ils sont ce qu’ils sont.

La meilleure façon de les aborder : prévoyez une demi-journée sans objectif précis, choisissez un quartier, marchez. Entrez dans les cours ouvertes. Commandez dans les cafés sans carte en anglais. Ralentissez.

C’est là que Kyoto devient autre chose qu’une liste de monuments. Et c’est cette Kyoto-là que je préfère.

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Foire aux Questions

Si c’est votre première visite, consacrez votre temps aux grandes adresses, vous ne serez pas déçu. Ces quartiers sont plutôt pour ceux qui reviennent, ou qui ont 5-6 jours et cherchent à aller au-delà du circuit classique. Cela dit, Fushimi (la partie saké) et Kamishichiken se combinent facilement avec des visites déjà prévues dans ces secteurs.
En bus depuis la gare de Kyoto ou depuis le centre-ville (lignes 9, 12 ou 50 selon le point de départ). Le quartier s’explore à pied une fois sur place, comptez 2 à 3 heures pour une balade tranquille.
Oui, mais sans enseigne en anglais pour la plupart. Nishijin et Kitano ont quelques bons cafés locaux fréquentés par les habitants. Fushimi a plusieurs izakayas et restaurants autour du canal qui servent du saké local, qualité généralement bonne, prix raisonnables.
Il a lieu le 25 de chaque mois toute l’année, sauf si le 25 tombe sur un jour de fermeture exceptionnelle. Les mois les plus agréables pour le faire : février (pruniers en fleurs dans l’enceinte), mai, octobre. À éviter par forte chaleur ou pluie battante.

Nishijin et Kamishichiken sont à dix minutes à pied l’un de l’autre, parfait pour une matinée. Fushimi est au sud, à 30 minutes du centre en train, préférez-en faire une demi-journée à part. Kitano se combine bien avec Kinkaku-ji si vous êtes déjà dans le nord.

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